2 juillet 2008 - Des nouvelles de l'action des professionnels de l'enfance.

Madame, Monsieur,

Je vous invite à lire les témoignages ci-dessous, tirés du « Libération » du 24 juin dernier.

Après la Gay Pride qui avait pour thème la question de l'homoparentalité à l'école, nous pouvons être sûrs que l'offensive est pour demain matin dans les établissements.

Encore une fois, dans le respect de chaque personne, la question à se poser est : sommes-nous prêts à vivre les situations décrites ci-dessous ? Sommes-nous conscients des conséquences, non seulement sur les enfants, mais sur les structures : suppression des termes « père » et « mère », questions de la généalogie, question de l’histoire dite « hétérosexuelle », mise en cause d’une présentation « hétérosexuelle » de l’art, de la culture… le tout avec la menace permanente d’être mis en demeure d’obtempérer sous peine d’être attaqué en justice pour discrimination ou homophobie ?

La colère et l'indignation sont inutiles, l'incrédulité est inutile, le déni est inutile : seule l'action compte et porte du fruit.

Je vous invite – encore et toujours - à signer et à faire signer l'appel des professionnels de l'enfance : www.professionnelsdelenfance.org,

Je vous adresse mes meilleures salutations,

Jérôme Brunet
Président de l’association

 

 

 

 

"Notre coming-out à l'école»

Homoparentalité. Comment jouer la transparence face aux instits.

CHARLOTTE ROTMAN

LIBERATION : mardi 24 juin 2008

 

 

Valérie et Wanda (un garçon de quatre ans, une fille de

deux) ont eu de la chance. A l'école de leurs enfants, pas de fiche d'inscription avec une case pour le «père» et une pour la «mère». Ce couple d'homosexuelles a pu remplir «parent 1», «parent 2». Elles ont même réussi à s'arranger avec une directrice compréhensive pour que leurs deux noms soient utilisés. Et obtenir chacune un cadeau pour la fête des mères. «Nos enfants n'ont pas choisi leur contexte familial, c'est à nous de l'expliquer aux autres», disent-elles. Que dire ? Comment ? Beaucoup de parents homos se posent ces questions quand leurs enfants arrivent à l'école. Témoignages dans le cadre de la Marche des fiertés (ex-Gay Pride) qui milite, avec Libération pour partenaire, «pour une école sans aucune discrimination».

 

STÉPHANE

 

Un enfant avec Marie

 

Stéphane et Marie, tous deux homosexuels, et vivant chacun en couple, élèvent en coparentalité Jeanne, 6 ans, qu'ils ont eue ensemble. Ils habitent le même immeuble, à Paris.

 

«On ne s'est jamais concertés sur ce qu'on allait dire à la crèche, à la maternelle, ou à l'école primaire, explique Stéphane. Nous ne cachons pas notre situation mais nous ne disons pas non plus. J'amène et je vais chercher ma fille, tout comme Marie. Mon copain est inscrit officiellement pour aller la chercher. Il peut y avoir des doutes : est-ce un baby-sitter ?

Au centre de loisirs, mon compagnon était là pour l'inscription, l'employée a dit : "Ah, ce n'est pas papa." Jeanne a lancé : "Non , c'est l'amoureux de papa." Il y a eu un petit sourire gêné. En fait, on laisse faire. A la crèche on a été obligé de s'expliquer un petit peu :

l'équipe commençait à se poser des questions, certaines infos ne passaient pas entre Marie et moi. On entendait :

"Mais, je l'ai dit à votre mari." Marie a répondu un jour :

"Ce n'est pas mon mari, nous ne vivons pas ensemble." Après, ils ont fait des efforts, ils me disaient : "Pouvez vous essayer de dire à la mère de Jeanne." Pour l'entretien de rentrée à l'école élémentaire, on y est allés tous les deux.

C'est sûr qu'il y a une ambiguïté, d'autant que nous avons la même adresse.

Mais je ne vois pas pourquoi on ferait des démarches particulières que les autres parents ne font pas.»

 

MARIE-PIERRE

 

Trois enfants avec Nathalie

 

Marie-Pierre et Nathalie habitent près de Chambéry. Avec leurs trois enfants (un de 6 ans et deux jumeaux de 3 ans).

Marie-Pierre est présidente de l'APGL, association des parents et futurs parents gays et lesbiens.

 

«Nous, on est totalement claires. Transparentes. D'autant que ça désarçonne quand un enfant dit qu'il a deux mamans.

Quand notre aîné est entré en maternelle, on est allées voir la directrice.

J'ai présenté Nathalie comme ma compagne, mais j'ai ajouté "sachez aussi que c'est la mère de nos enfants. Il n'y a pas de différence entre nous deux.

Vous pouvez vous adresser aussi bien à l'une qu'à l'autre". Il n'y a pas eu de problème. On sait que nos enfants sont amenés à l'école à parler de leur famille. On est allé voir l'instit, pour qu'elle ne soit pas prise au dépourvu. Au début on ne savait pas quelles questions allaient émerger.

Souvent les enseignants ne veulent pas être indiscrets. Une fois l'une a demandé "comment vous expliquez à votre fils pour son père?" Elle pensait que cela nous embêtait de dire qu'on est lesbiennes. Il y a parfois un décalage entre ce que notre fils entend à l'école et ce qu'il voit à la maison. Par exemple, quand un copain lui a dit : "C'est pas possible d'avoir deux mamans." Cette fois-là on est allé voir la maîtresse parce qu'on sentait que notre fils avait été déstabilisé. La maîtresse a été super, elle a demandé si on avait des petits livres, je lui ai envoyé la bibliographie de l'APGL, et elle s'en est procuré quelques-uns et a expliqué à la classe les différentes formes de familles. Cela demande d'être très vigilant.»

 

CATHERINE,

 

Deux enfants avec Christine

 

Leurs deux enfants sont âgés de 8 et 6 ans. Catherine et Christine ont été inséminées grâce à Renaud, le père des deux garçons qui portent son nom. Ils vivent dans les Yvelines.

 

«On fait tous les ans notre coming-out à l'école. Christine et moi, on habite un petit village : les gens nous connaissent, mais on ne se promène pas main dans la main dans la rue, on fait un peu d'autocensure et en plus ma compagne est pudique. Mais vis-à-vis de l'école, il y a un travail à faire. Chaque rentrée, on vient se mettre à disposition si il y a des problèmes avec les familles, on demande à l'instit qu'elle nous alerte, on lui souffle des mots clefs "homophobie", "discrimination".

 

Dans les papiers à remplir en début d'année, on a mis nos deux noms et expliqué que ce n'était pas la peine de cocher la case du père, avec ses coordonnées car ce ne serait pas lui qui viendrait. Mais dans les grandes occasions, comme les fêtes de fin d'année, ou le jour de rentrée, il y a trois parents ce jour-là. Nos enfants ont un père, on l'a dit à l'école, c'est normal qu'ils en parlent. J'ai eu un problème quand j'ai voulu être parent d'élève pour notre premier (que ma compagne avait porté). J'ai dû attendre que le deuxième(dont j'avais accouché) arrive à l'école pour m'inscrire. On accompagne les sorties, soit l'une soit l'autre. On sent qu'il peut y avoir des réserves des parents. Mais les choses sont claires, cela a permis à un copain de grande section de demander : "C'est laquelle ta vraie maman ?" De parler comme ça, ça permet aux enfants de se sentir à l'aise.»

 

A découvrir

Nous vous invitons à découvrir le livre de Béatrice Bourges, présidente de l’Association pour la protection de l’enfance, qui présente de manière claire la problématique de l’homoparentalité du point de vue de l’enfant.

  Pensez-y !

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Les Ticlips’

 

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