Voici un
échange de mail, suite à une visite sur un site faisant la promotion
de la "coparentalité". Cet échange est intéressant car il
reprend une grande partie des arguments et des formes de raisonnement de
tenants de l'homoparentalité.
Mail
du 23/12/05
Mail
du 24/12/05
Mail
du 23/12/2005
Modérateur
du site "coparents" : Vous dites être opposé à un
"concept": l'homoparentalité n'en est pas un! C'est une réalité,
vécue par des milliers de familles homoparentales.
Prodelenfance
: Si,
l'homoparentalité est un concept. Mais je vous concède que ce
n'est pas seulement un concept... car, comme vous le dites, c'est une réalité
pour des milliers de familles homos.
Une
autre réalité, c'est qu'aucune loi en France ne saurait interdire à
un homme ou une femme d'être parent. Or, lesbiennes et gays sont bien
des femmes et des hommes, et rien ne peut leur interdire d'avoir des
enfants.
Il
est abusif de dire qu'aucune loi ne saurait interdire à un homme
ou une femme d'être parents. Aujourd'hui, la loi n'autorise pas
l'adoption d'enfants à quiconque le demande. Ni l'accès à la PMA. On
ne peut certes pas interdire à un homme et une femme d'avoir une
relation sexuelle pour avoir un enfant.
Mais
la question qui se pose n'est pas celle de ce qui est permis ou pas aux
adultes, mais bien de se poser la question de l'enfant;
Quelle
que soit donc "l'opposition" qui pourrait s'exprimer, il est
maintenant temps de comprendre que le débat "pour" ou
"contre" n'a plus lieu d'être. Il s'agit en effet, désormais,
de trouver un cadre législatif qui confère aux membres de ces familles
homoparentales (parents, conjoints et enfants) des droits équivalents
à ceux des familles "classiques".
Je
suis d'accord pour dire avec vous qu'il faut un cadre pour permettre
aux enfants qui vivent aujourd'hui au sein de familles
homoparentales d'être reconnus.
Mais
ce cadre est-il vraiment inexistant ? Je ne le pense pas ! Puisque tous
les droits accordés aux parents isolés peuvent être accordés aux
parents homos.
Dans
le fond, ce qui est recherché, c'est une certaine légitimité
pour les couples homos qui revendiquent les mêmes droits que les
couples hétérosexuels. Fondamentalement, je pense que la demande
est là.
Mais
revenons à ce qui, pour vous, pose problème...
Il
est en effet admis qu'un enfant à besoin d'un père et d'une mère dans
son développement psychologique (que lui donne, au passage, et de façon
aussi claire et identifiable que dans un couple hétérosexuel la
coparentalité, une des formes d'homoparentalité).
La
coparentalité ne donne pas de façon aussi claire l'identification
homme-femme que dans un couple hétérosexuel, car pour l'enfant, le
fait que l'homme référent et la femme référente soient son père
et sa mère, n'est pas négligeable. Et que cet homme et
cette femme vivent ensemble n'est pas non plus négligeable. Et qu'ils s'aiment
ne l'est pas non plus.
Mais
un détail qui a toute son importance semble vous avoir échappé:
"père" et "mère" s'entendent dans le sens
psychologique de ces termes.
Je
ne suis pas d'accord avec vous : père et mère peuvent certes s'entendre
du point de vue psychologique, mais ce n'est pas suffisant. cf.
ci-dessus.
Le
"père" est la représentation de l'autorité, la "mère"
celle de l'affect (grossière simplification, ayant juste pour objectif
de montrer que les termes "père" et "mère" ne sont
pas à considérer sur un plan "physique"). Il
"suffit" donc que ces deux représentations (autorité et
affect) s'expriment pour que les choses se passent "bien" (y
compris dans le cadre d'une famille monoparentale, où le parent unique
doit assumer les deux "rôles"). D'ailleurs, pour vous montrer
à quel point ces notions sont à considérer sur le plan psychologique,
notez qu'il arrive souvent, dans les couples hétérosexuels, que ce
soit la mère qui joue le rôle du "père" et inversement!
Là
encore, pas tout à fait d'accord avec ce que vous dites : il y a
un lien entre la fonction de père et le fait qu'elle soit exercée par
un homme et la fonction de mère et le fait qu'elle soit exercée par
une femme. Il y a un lien entre la maternité et la fonction de mère.
Je
suis d'accord qu'en cas d'absence, on peut pallier, mais jamais avec le
même impact que dans la situation d'un couple hétéro.
Pour
terminer, je vous suggérerais d'aller à la rencontre de ces familles
de moins en moins atypiques. Vous y trouverez souvent un souci de
"bien faire" autrement plus visible et affirmé que dans les
familles classiques. Et c'est normal: les familles homoparentales sont
attendues au tournant par leurs détracteurs, qui les ont dans leur
collimateur, et n'ont de ce fait pas le droit à l'erreur...
Je
suis totalement convaincu que ces familles ont un réel souci de bien
faire et qu'il y a de l'amour. C'est bien pour cela que ma démarche
m'est douloureuse : je sais que l'on touche à des choses difficiles car
elles sont profondes.
Ces
familles ont le souci de bien faire... mais on ne peut pas affirmer que
ce sera toujours le cas (je ne pense pas qu'en matière matrimoniale,
les homos soient supérieurs aux hétéros...)
Je
suis de par ma profession au contact permanent d'adolescents et pré-adolescents
de 10 à 16 ans et de leurs familles (je suis conseiller principal d'éducation)
et j'ai vécu quelques temps avec le papa gay d'un garçon aujourd'hui
en classe de 5ème, dont la mère lesbienne vit avec son amie, elle-même
maman d'un enfant issu d'un mariage et d'un autre conçu par IAD. Je
peux vous assurer qu'il n'y a pas plus équilibré que ce gamin, et je
regrette souvent que l'énorme majorité des élèves avec lesquels je
travaille ne bénéficient pas d'un tel équilibre.
Je
suis pour ma part au contact d'enfants et de famille toute la journée
car je suis directeur d'une école depuis plusieurs années. Je vois au
jour le jour l'impact sur les enfants de familles décomposées et
désunies. Et je m'inquiète de ce qui pourrait ajouter de la confusion
dans la tête et le coeur des enfants.
Une
dernière chose enfin: ce qui va être déterminant pour l'avenir de ces
enfants issus d'une homoparentalité (ils sont estimés (par
qui ?) à 100 000 en
France), c'est le regard qui va être porté sur eux, et non la sexualité
de leurs parents. Je me souviens que, lorsque j'avais une dizaine d'années,
ma mère voyait d'un mauvais oeil le fait que j'aille jouer avec le fils
de la voisine: c'était, disait-elle sur le ton du mépris, un
"fils de divorcés", et chaque fois que celui-ci faisait un
pas de travers, elle le mettait sur le compte de sa "mauvaise"
éducation. Les choses ont bien changé pour les enfants de couples
divorcés, et c'est tant mieux. Souhaitons qu'il en soit ainsi, dans un
proche avenir, pour les filles et fils de pédés et de gouines ;-)
Vous
avez raison de dire que le regard porté sur les gens ne doit pas être
un regard de jugement. Cependant, peut-on pour autant dire que le divorce
est positif pour les enfants d'une manière générale ? Je ne le pense
pas, bien que dans certaines situations, entre deux maux il faille
choisir le moindre.
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Mail
du 24/12/2005
Modérateur
du site "coparents" : Avant
de répondre plus longuement à votre dernier email, deux remarques
concernant le texte que vous souhaiteriez voir signer par des
professionnels de l'éducation (j'en suis un, et jamais je ne le
signerai, soyez-en sûr).
Je
m'en doutais un peu ;-)
"grâce
à l'adoption ou à des procédés de procréation médicalement
assistée, aboutissant à laisser croire qu'un enfant pourrait avoir
deux papas ou deux mamans." (citation
de l'appel des professionnels de l'enfance)
Je
crains que vous n'ayez pas bien saisi la raison d'être de mon site.
Il a pour objet de promouvoir un mode d'homoparentalité qui donne à
l'enfant un père ET une mère tous deux physiquement et
biologiquement identifiés: la coparentalité.
Pas
question de deux papas et deux mamans, donc, mais un papa, une maman,
et éventuellement l'ami de papa et l'amie de maman...
Le
fait que vous parliez de coparentalité ne m'a pas échappé et je
salue votre souci de permettre à l'enfant d'avoir un père et une mère
visibles et présents.
Je
ne discute pas le désir d'enfant qui peut être présent chez chaque
personne. Mais est-ce que ce désir est suffisant pour légitimer
toutes les pratiques (vous reconnaissez vous-même que certaines
revendications qui privent l'enfant d'un père ou d'une mère sont
discutables...)
Comparez
cette situation à celle que vivent des milliers d'enfants issus de
couples hétérosexuels séparés (1 couple sur deux en Ile de de
France) dont les parents s'entre-déchirent.
Quand
vous me demandez de comparer la situation de coparentalité avec les
familles séparées, vous comparez vous même la coparentalité à une
situation qui n'est pas une situation idéale : un divorce est un échec
douloureux pour toute la famille... et les enfants, le plus souvent,
souffrent de cette situation.
S'il
n'y a pas, comme vous le regrettez, d'amour entre un père gay et une
mère lesbienne, il y a en revanche une estime et un engagement
indubitablement profitables à l'enfant.
L'estime
qu'il peut y avoir entre un père et une mère dans le cadre de la
coparentalité n'est pas équivalente à l'amour que peuvent avoir
deux parents dans le cadre hétérosexuel. Il n'est pas anodin pour un
enfant de savoir que ses parents s'aiment et qu'ils s'aimaient quand
ils l'ont conçu.
Nous
constatons qu'une telle question ne prend pas en compte d'abord l'intérêt
de l'enfant, mais une revendication de quelques adultes.(citation
de l'appel des professionnels de l'enfance)
Comment
oser parler de "revendication", quand le désir de
parentalité a exactement les mêmes origines chez tout homme et toute
femme?
La
revendication n'est pas dans le désir d'enfant, mais dans le fait de
revendiquer l'équivalence entre couple hétéro et couple homo.
Encore
une fois, il ne s'agit pas de dire que tout cela n'a pas de valeur,
que les homos ne peuvent pas aimer, etc. car je pense que chaque
personne est capable d'aimer.
Par
contre, je pense qu'il y a des limites qu'on ne peut pas franchir
n'importe comment lorsque l'on parle des enfants.
Comment
balayer d'un trait ce que la psychanalyse et la psychologie ont
confirmé au siècle dernier ?(citation
de l'appel des professionnels de l'enfance)
Je
crois que votre pensée se résume à cette question que vous vous
posez: elle est d'un autre âge!
La
psychologie est une science qui a bien évolué depuis un siècle.
Avant
de dire que la psychanalyse est dépassée, il faut être certain de
ce que l'on dit. Aujourd'hui, il n'y a pas suffisamment d'études sérieuses
qui le prouvent.
Pour
ce qui est de l'évolution de la psychologie, certes elle évolue,
mais peut-être pas seulement dans le sens que vous envisagez. De plus
en plus, les psychologues affirment la nécessité des repères clairs
pour les enfants. De plus en plus de voix s'élèvent pour dire
qu'un enfant a besoin d'un milieu stable et que le divorce, s'il résout
le problème des adultes, en pose aux enfants.
D'un
autre âge, peut-être.
En
tout cas, ce problème est bien difficile, délicat et douloureux et
j'aimerais tellement penser comme vous que finalement, tout cela n'est
pas important et que l'on peut tout imaginer en matière de filiation
et de parentalité.
Hélas,
notre quotidien nous montre combien cela n'est pas vrai;
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